LE FONDATEUR : ANDREW TAYLOR STILL

Andrew Taylor Still (1828-1917)

Le docteur Andrew Taylor Still est né en 1828 en Virginie. Il fut le fils d'un père très polyvalent : pasteur, médecin et pionnier. En 1937, son père acheta une ferme dans le Missouri et toute la famille y mena la vie très rude des pionniers de l'ouest américain.

Au contact de la nature, Andrew développa des facultés d'observation inhabituelles.Pierre Coallier

Atteint de migraines extrêmement douloureuses, le jeune Still avait pris l'habitude de tendre entre deux arbres une double ficelle passant de chaque côté des troncs. Il installait une couverture sur ces deux ficelles et s'allongeait sur le sol en posant sa nuque sur l'une des cordes. Très vite, la douleur disparaissait.

Bien plus tard, après avoir fait d'importantes études médicales à Kansas City, il acquit une connaissance prodigieuse en anatomie et en physiologie. Il comprit aussi que la corde inhibait le fonctionnement du nerf grand occipital et permettait une totale détente du cou. Très vite furent établies les relations existant entre le trouble structural, le trouble de la fonction et le trouble de la maladie.

Ayant un esprit très curieux, rationaliste, mécaniste et analogique, Still a fait cinq années d'études d'ingénieur. Aimant la mécanique, il inventa et perfectionna plusieurs machines agricoles. Durant les années cinquante de ce 19ième siècle, Still compléta sa connaissance de l'anatomie et de la physiologie en disséquant des centaines de cadavres. Il fit également la lecture de nombreux livres médicaux. Still a lu les écrits d'Hippocrate et s'en est inspiré.

C'est à la fin de la guerre, en 1865, qu'une épidémie de méningite lui enleva quatre membres de sa famille, dont trois de ses enfants. Cet événement douloureux sembla déterminant dans sa prise de conscience des limites d'action de la médecine classique et des médicaments tandis qu'il était en train de parfaire sa formation médicale au « Kansas College of Medecine and Surgery ». Socialement reconnu en tant que médecin, devenu assez riche par ses biens fonciers agricoles, Still fit don à la ville d'un grand terrain pour y créer une université. Still fut alors membre du comité de citoyens chargés de la mise en fonction de cette université.

On doit donc l'ostéopathie, science médicale écrite et pratique, aux réflexions de cet ancien médecin militaire, Andrew Taylor Still, qui s'était mis à douter dès 1865 de la médecine officielle.

Dans son désarroi, la seule certitude lui apparut être l'existence de Dieu et l'impossibilité pour ce dernier d'avoir laissé sa créature la plus parfaite sans défenses naturelles. Docteur Still se mit donc à lire les écrits d'Hippocrate, le père de la médecine, et à étudier le meilleur moyen pour préparer l'homme à affronter la maladie, car il était convaincu « que lorsque toutes les parties du corps humain sont en ordre, nous avons la santé. Quand elles ne le sont pas, c'est la maladie. Le travail de l'ostéopathe est de rétablir une situation normale dans l'organisme à partir d'une situation anormale : il en résultera la santé. » (Osteopathy Research and Practice, 1910, Andrew Taylor Still).

Naissance de l'ostéopathie

Le 22 juin 1874, à Macon au Missouri, aux Etats-Unis, Andrew Taylor Still mit en pratique sa théorie qui établit les relations existant entre le trouble structurel, le trouble de la fonction et le trouble de la maladie.

« Là où le sang circule normalement, la maladie est impuissante à se développer, car notre sang est capable de fabriquer tous les principes utiles pour assurer l'immunité naturelle et lutter contre les maladies. » Andrew Taylor Still

Il était aussi intéressant de préciser si cette lésion était une lésion « en flexion » ou « en extension ». La palpation était la seule méthode permettant de parvenir à faire ce diagnostic en notant non seulement les modifications périarticulaires locales (léger degré de fixation), mais aussi les interférences nerveuses et vasculaires existantes.

Le traitement proposé par Still consistait principalement en manœuvres sur les tissus mous, en mobilisations et en manipulations vertébrales.

Au niveau médical, Still s'intéressa de plus en plus à l'approche manuelle et commença à exercer cette thérapie de façon répétée. Cela l'amena à créer officiellement le terme d'ostéopathie en juin 1874. Ses confrères et le clergé le rejetèrent aussitôt, car sa forme de thérapie, avec les résultats probants qu'elle amène, est assimilée à une pratique satanique. Still connut alors une grande solitude et de multiples difficultés financières. La maladie, l'épuisement et l'ingratitude le firent changer de région.

Still enseigne l'ostéopathie à ses enfants

Habitant alors Kirksville, sa réputation de médecin ostéopathe (bone setter lightning) dépassa vite les frontières de l'état. Still abandonna progressivement toute médication au profit du traitement manuel. Après de longues campagnes de dénigrement, il lui fut difficile de trouver de jeunes médecins prêts à se rallier à ses idées. En raison de cela, ses premiers assistants furent ses cinq enfants.

Devant le nombre croissant de demandes de traitements et ne pouvant y faire face, Still enseigna l'ostépathie à ses enfants qui faisaient en parallèle des études médicales. Cet événement est en soi très important car ce que certains prenaient pour un don s'avérait être transmissible par l'enseignement. Ses enfants réussirent alors, eux aussi, en pratiquant l'ostéopathie, à obtenir des résultats surprenants.

Devant les succès obtenus, d'autres élèves leur succèdèrent et, en octobre 1892, à Kirksville, la première école d'ostéopathie, « The American School of Osteopathy » ouvrit ses portes.

En 1892, Still fonda l'école américaine d'ostéopathie à Kirksville, où elle existe encore aujourd'hui. Considérant le contexte social d'alors, Still fit preuve d'audace et d'ouverture d'esprit en ouvrant les portes de son école aux femmes et aux Noirs.

Il aurait pu délivrer des diplômes de Docteur en médecine (M.D.) à ses étudiants car, aux États-Unis, à la fin du 19ième siècle, l'enseignement de la médecine se fait dans des écoles privées. Mais Still préfère leur donner un diplôme en ostéopathie (D.O.), puis le titre de Docteur en ostéopathie, pour bien marquer la différence existant entre la médecine et l'ostéopathie.

L'ostéopathie viscérale

Pour la première fois après une interruption de plusieurs siècles, des médecins suédois se rendirent compte, au dix-neuvième siècle, que si seul un traitement mécanique pouvait soulager une algie réellement d'origine mécanique, il était absurde de l'abandonner. C'est ainsi que Ling (1779-1830), créateur de la gymnastique dite suédoise, pratiqua des manipulations viscérales.

Thure Brandt (1819-1895) est le premier à établir une synthèse des techniques manipulatives organiques, et ce, précisément sur le plan gynécologique. Cette méthode essentiellement manuelle est basée sur des manipulations au niveau des viscères dans le but de libérer, irriguer et rendre fonctionnels les différents organes. Il s'inspire directement de la pratique d'une vieille famille de guérisseurs, les Sénépart, qui, de père en fils, avaient acquis la célébrité en se consacrant à Charleroi au traitement des maladies des femmes.

Henri Stapfer, élève de Brandt, fait à nouveau progresser la méthode. Donc, c'est à Brandt et Stapfer que nous devons la description de la plupart des techniques manipulatives employées en gynécologie. C'est également à Stapfer que l'on doit les premiers éléments qui ont permis d'établir l'existence de ce que l'on nomme la lésion circulatoire, élément fondamental dans l'appréhension de nombreux cas pathologiques.

Puis, un médecin français, Frantz Clénard, effectue une étude approfondie des organes et des viscères de l'abdomen et met au point des méthodes d'examen permettant d'en déterminer les anomalies de fonctionnement. Pour lui, un abdomen normal est un abdomen qui, à la palpation, est souple et homogène et ne permet pas de sentir la présence des organes. Ainsi, des intestins durs, un estomac douloureux, un gros foie palpable constituent-ils des phénomènes anormaux, indicateurs de tensions, de ralentissement circulatoire, de troubles du métabolisme, de fibrose ou d'adhérences, de spasmes des muscles viscéraux.

Clénard est aussi le premier à penser aux relations des organes entre eux, sorte de réaction en chaîne où un organe déficient, congestionné, peu mobile ou descendu (ptôse) créera, par des mécanismes divers, l'apparition de troubles au niveau d'organes voisins avec lesquels il entretient des liens mécaniques, sanguins ou hormonaux.

C'est ce fonctionnement déficient, causant une maladie fonctionnelle, que les ostéopathes rangent dans la catégorie des suites ostéopathiques des lésions viscérales.

Qu'est-ce que l'ostéopathie crânienne ?

L'ostéopathie crânienne est une approche particulière des concepts ostéopathiques. Elle agit sur la structure et le liquide entourant le système nerveux central, ce qui a un impact sur le corps tout entier et stimule la capacité naturelle de celui-ci à s'auto-guérir. Les liens entre les fascias, où qu'ils soient situés dans le corps, sont contigus aux membranes entourant le système nerveux central, incluant la dure-mère et les autres structures.

L'étude intensive de l'ostéopathie crânienne commença en 1939, suite aux recherches de William Garner Sutherland, médecin ostéopathe.

Les constatations du Docteur Sutherland furent corroborées par des études scientifiques. En ostéopathie, on reconnaît qu'il y a du mouvement, minime mais très important, entre les os du crâne et leurs sutures. Le Docteur Sutherland a établi qu'il existe un mouvement palpable à l'intérieur du corps, lequel se produit conjointement au mouvement des os de la tête. Ce mouvement fait partie d'un mouvement rythmique des fluides du corps, d'une importance vitale à la santé, de même qu'à la fonction maximale du système immunitaire du corps.

Un traumatisme à la tête ou au corps peut altérer ou entraver la circulation des fluides du corps, ayant souvent des effets dramatiques et parfois drastiques sur la santé de l'individu et sa capacité de fonctionner.

Le plus courant des traumatismes est celui de la naissance, où le crâne du bébé subit des chocs répétés dus aux poussées durant l'expulsion, ou alors lors d'un accouchement par ventouse dans le cas d'un travail difficile. Une altération, bien qu'à peine perceptible, de la configuration naturelle et du mouvement du crâne, peut occasionner des problèmes comme les coliques, l'incapacité du bébé à avaler ou à téter, de fréquentes régurgitations, des infections chroniques de l'oreille et/ou un retard ans le développement.

Les traumatismes peuvent aussi provoquer des lombalgies, des maux de tête, des troubles respiratoires et digestifs, des douleurs menstruelles et des blessures répétitives reliées au stress comme la tendinite.

William G. Sutherland, D.O., chercheur et père de l'ostéopathie crânienne

« Permettre à la fonction physiologique intérieure de manifester sa propre puissance infaillible, plutôt qu'avoir recours à une force aveugle de l'extérieur. »

Le Docteur William Sutherland a consacré sa vie à l'avancement de l'ostéopathie. Dès ses débuts en médecine en 1898, Sutherland commença à étudier la fonction mécanique du corps et à en analyser l'anatomie vivante (le flux du liquide crânien, la texture des tissus, la compression des os, etc.). Il a fait plus pour faire avancer le concept de « l'auto-guérison » que toute autre ostéopathe de sa génération.

On le traita d'hérétique pour avoir établi le principe selon lequel le système nerveux central du corps est en constant mouvement rythmique et que ce mouvement est un facteur essentiel au maintien de la santé et de la vie humaine.

Aujourd'hui, la théorie du Docteur Sutherland concernant la structure physiologique du corps a été prouvée de façon concluante grâce au développement d'équipement diagnostique informatisé.

Le Docteur Sutherland est reconnu pour sa conception du corps comme une machine sophistiquée. Il croyait qu'un dysfonctionnement ou une déficience dans l'une des parties du corps devait nécessairement affecter la structure entière.

Il a résumé le résultat de ses recherches dans un écrit intitulé « The Five Components of the Primary Respiratory Mechanism » (Les cinq éléments du mécanisme respiratoire primaire), lequel énonçait pour la première fois le concept du mouvement rythmique continu dans le corps.

Docteur Sutherland identifia cette anatomie vivante et la décrivit comme suit :

Mouvement des sutûres crâniennes et des articulations reliant les vingt-six os du crâne
« Dilatation et contraction » des hémisphères du cerveau
Mouvement des membranes recouvrant le cerveau et la moëlle épinière
Courant d'énergie à l'intérieur du liquide céphalo-rachidien baignant le cerveau et la moëlle épinière
Léger mouvement involontaire du sacrum.

Notes biographiques

Docteur Sutherland naquit dans une famille de la classe ouvrière au Wisconsin en 1873. Il était le troisième d'une famille de quatre enfants. En 1895, il s'inscrivit dans une école de médecine alors controversée, l'American School of Ostéopathy (maintenant le Kirksville College of Osteopatic Medecine). Il s'est distingué comme un étudiant extrêmement doué et gradua à l'âge de vingt-cinq ans en 1898.

Docteur Sutherland poursuivit ses recherches et pratiqua la médecine au Missouri durant la majeure partie de sa vie. Son dévouement et son ardeur au travail ne furent pas reconnues dans sa profession, malgré un nombre croissant d'étudiants fidèles et de patients reconnaissants. À la parution de ses premiers travaux, le Docteur Sutherland fut très affecté par l'avalanche de critiques dirigées conte lui et on le traita de charlatan à cause de ses théories sur le mécanisme de la respiration primaire. Il a fallu plus de quater décennies avant que le Docteur Sutherland ne soit reconnu. Aujourd'hui, ses travaux sont acceptés comme un fait médical établi.

En 1951, à l'âge de soixante dix-huit ans, le Docteur Suhterland quitta le Midwest pour un climat plus clément à Pacific Grove en Californie. Il décéda peu de temps après, en 1954.

Le Docteur Sutherland laissa derrière lui une contribution inestimable à la médecine ostéopathique et sa mémoire, de même que les ouvrages qu'il nous a légués, sont très respectés de ses collègues, tant aux États-Unis qu'à l'étranger.